Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 288 – Wokisme et communisme : quand la morale devient un permis de gouverner les autres
Chers lecteurs, rassurez-vous : personne ne va prétendre que les militants « woke » veulent nationaliser les usines avant le petit-déjeuner. Le wokisme n’est pas le communisme, et le communisme n’est pas une simple mode venue des campus américains. Mais si l’on observe les méthodes, le vocabulaire et la manière de diviser le monde, certains points communs sont assez troublants pour mériter une petite séance de lucidité.
Le même rêve : une société enfin purifiée
Le socialisme est né au XIXe siècle pour réduire les inégalités produites par le capitalisme ; le communisme en est une version plus radicale, visant une société sans classes et sans propriété privée des moyens de production.
– https://www.alloprof.qc.ca/fr/eleves/bv/histoire/le-socialisme-et-le-communisme-h1394
Le wokisme, lui, se présente comme un éveil aux discriminations : race, genre, orientation sexuelle, handicap, colonialisme, privilèges. Dans les deux cas, l’ennemi est désigné avec une élégance redoutable : le capitalisme pour les uns, les « privilégiés », les « dominants » et les « oppresseurs » pour les autres. wikipedia
Dans les deux récits, il existe un monde imparfait, coupable, à déconstruire — et un monde meilleur, juste, égalitaire, qui attend simplement qu’on ait enfin le courage de tout nettoyer.
La société découpée en camps
Le marxisme classique oppose le prolétariat à la bourgeoisie : d’un côté les exploités, de l’autre les exploiteurs. Le discours « woke » propose souvent une carte similaire, mais avec d’autres cases : opprimés et privilégiés, minoritaires et majoritaires, inclus et exclus, alliés et ennemis.
Ce n’est pas faux de repérer des rapports de pouvoir. C’est même souvent utile. Le problème commence lorsque chaque personne est réduite à son groupe, et que son opinion vaut selon son identité plutôt que selon ses arguments.
Résultat : on ne discute plus avec un individu, on audite son dossier. « Que dis-tu ? » devient « Qui es-tu pour le dire ? »
La faute héréditaire
Dans la vision communiste, la bourgeoisie porte une responsabilité liée à sa position dans le système économique. Dans certaines versions très militantes du wokisme, le « privilégié » hérite d’une culpabilité presque aussi pratique : il doit se taire, s’éduquer, s’excuser, céder la parole et prouver sa vertu.
La différence, c’est que le communisme promettait de supprimer les classes. Le wokisme contemporain risque parfois de les multiplier : blancs, non-blancs, cisgenres, transgenres, valides, handicapés, hommes, femmes, privilégiés, oppressés… Une véritable administration des identités, avec ses cases, ses badges et ses exemptions.
Le vocabulaire qui remplace la discussion
Le communisme avait ses mots magiques : « révolution », « impérialisme », « bourgeoisie », « conscience de classe ». Le wokisme a les siens : « déconstruction », « inclusive », « safe space », « microagression », « appropriation culturelle », « cancel culture ».
Ce ne sont pas des mots inutiles en soi. Ils décrivent parfois des réalités sérieuses. Mais ils peuvent aussi servir de passe-partout : dès qu’un adversaire est étiqueté, inutile de le comprendre. Il suffit de le classer.
Le terme « wokisme » lui-même est d’ailleurs devenu un fourre-tout, utilisé surtout pour critiquer des militantismes liés à la justice sociale, aux minorités et aux questions identitaires. Chaque camp possède donc son mot-valise préféré pour éviter d’avoir à répondre à l’autre.
La pureté militante
Les régimes se réclamant du communisme ont souvent cultivé la figure du militant pur, du camarade irréprochable, du gardien de la ligne correcte. Ceux qui s’écartaient risquaient l’exclusion, la dénonciation, parfois bien pire. wikipedia
Dans certaines dynamiques « cancel culture », la sanction est moins tragique, heureusement : on perd un contrat, une tribune, une invitation, une réputation numérique. Mais la mécanique est reconnaissable : la faute idéologique, la confession publique, l’excommunication, puis le silence imposé.
Les critiques du wokisme lui reprochent précisément de produire un « ordre moral » et d’alimenter l’intolérance envers les opinions divergentes. On peut contester cette critique, mais on ne peut pas nier qu’elle existe.
La science soumise à la cause
Le communisme soviétique a connu le tristement célèbre Lyssenko, qui rejetait la génétique classique au nom de l’idéologie. Certains critiques voient dans certaines dérives « wokes » une tentation comparable : soumettre la connaissance à la morale, au lieu de laisser la morale dialoguer avec la connaissance.
Évidemment, il ne faut pas exagérer : interroger les biais d’une recherche n’est pas détruire la science. Mais lorsque toute donnée gênante devient suspecte parce qu’elle serait « oppressive », on n’est plus dans la méthode scientifique : on est dans le tribunal.
La promesse qui fait rêver, la pratique qui fatigue
Le socialisme comme le communisme veulent plus d’égalité et de justice ; c’est leur ambition affichée. Le wokisme veut, lui, plus de reconnaissance et de protection pour ceux qui subissent discriminations et violences.
Ce sont des objectifs compréhensibles. Personne de sérieux ne défend l’injustice pour le plaisir.
Mais la question n’est pas seulement : « Quel monde voulez-vous ? »
Elle est aussi : « Quels moyens acceptez-vous d’utiliser ? »
Quand la fin justifie la censure, l’humiliation publique, la délation ou le mépris, on n’a plus une révolution humaniste : on a un nouveau clergé, avec ses dogmes, ses hérétiques et ses indulgences.
La grande différence, tout de même
Soyons honnêtes : le communisme est une doctrine économique et politique structurée, historiquement liée à la propriété collective, à la révolution et, dans certains régimes, à des États autoritaires. Le wokisme n’est ni un parti, ni un État, ni un programme économique unique ; c’est un ensemble flou de mouvements, de sensibilités et de pratiques militantes.
Comparer leurs méthodes ne signifie donc pas les confondre. Cela signifie simplement remarquer que l’idéal de justice peut, dans les deux cas, se transformer en machine à produire des coupables.
Moralité de l’histoire
La justice sociale est nécessaire. La lutte contre les discriminations aussi. Mais une cause juste ne rend pas automatiquement justes ceux qui s’en réclament.
Quand la morale devient une arme politique, elle ne libère plus : elle classe, surveille et punit. Et l’histoire nous a déjà montré, plusieurs fois, ce que devient une société où certains se croient autorisés à décider qui a le droit de parler, de penser et d’exister publiquement.
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